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Abdul-Wahab Youssouf, 
02Febuary 2008
 
   31/01/2008 - UA : Discours du chef de l'Etat devant ses pairs africains réunis à Addis-Abeba 
Le Président djiboutien Ismail Omar Guelleh, a indiqué jeudi devant ses pairs réunis à Addis-Abeba pour le 10ème sommet ordinaire de l’Union africaine (UA), que cette rencontre était l’occasion de renouveler « notre engagement à lutter contre la pauvreté par la promotion non seulement d’un développement industriel mais surtout d’un développement industriel durable qui peut et doit jouer un rôle primordial dans la réalisation des Objectifs pour le Développement du Millénaire ».

Tout en revenant sur l’échec des premières politiques de développement industriel adoptées au lendemain des indépendances, et des « douloureuses expériences des dévaluations assenées et des mesures drastiques imposées par les institutions internationales », le Chef de l’Etat s’est néanmoins félicité de voir que le continent change, se transforme et se développe.

«Sans être triomphalistes, Excellences, nous pouvons constater que le temps du pessimisme et de la résignation est derrière nous », a-t-il dit, ajoutant que « la croissance économique de notre continent est tangible et les perspectives d’avenir sont prometteuses ».

« Il relève de notre responsabilité politique et morale de ne pas décevoir les attentes de nos populations qui ont besoin de cette croissance économique pour s’épanouir. », a avertit M. Ismail Omar Guelleh.

L’ADI reproduit ci-dessous l’intégralité du discours du Président djiboutien.


"Louange à Dieu que la paix et la bénédiction soient sur le Prophète, sa Famille et ses Compagnons

Monsieur le Président,

Merci de me donner la parole,

Avant d’intervenir sur le thème centrale qui occupe ce sommet, à savoir le développement industriel de notre continent, qu’il me soit permis de joindre ma voix à celles de mes prédécesseurs pour vous exprimer au nom de ma délégation et en mon nom propre mes vives félicitations pour la manière dont vous conduisez nos travaux.

Permettez-moi, également, de rendre un vibrant hommage au Président de la Commission, mon ami, Alpha Omar Konaré. Nous sommes tous conscient de son dévouement à la grande cause de notre Union et plus particulièrement des efforts inlassables qu’il a déployés pour qu’émerge une paix et une démocratie durable sur notre continent en érigeant la Commission africaine en outil de réflexion et d’action propre à engager l’Afrique vers une dynamique de paix et développement économique et social.

Je souhaiterais, enfin, saisir cette occasion pour exprimer au Peuple et Gouvernement Frère d’Ethiopie mes remerciements les plus sincères pour l’accueil chaleureux et fraternel qui nous a été réservé depuis notre arrivée.

Monsieur le Président, Excellences,

Ce Sommet nous donne l’occasion d’une part de nous pencher sur les progrès observés dans ce domaine et de renouveler, d’autre part, notre engagement à lutter contre la pauvreté par la promotion non seulement d’un développement industriel mais surtout d’un développement industriel durable qui peut et doit jouer un rôle primordial dans la réalisation des Objectifs pour le Développement du Millénaire.

Monsieur le Président,

La plupart des dirigeants africains, au lendemain des indépendances, ont adopté diverses stratégies et politiques au niveau national destinées à favoriser le développement industriel de leur pays. Le legs colonial, le contexte international et les efforts d’industrialisation ont, en effet, conduit à des tissus industriels dans l’ensemble fragilisés, menacés et peu préparés aux chocs de la mondialisation.

En outre, à l’échec des premières politiques de développement industriel est venu s’ajouter les douloureuses expériences des dévaluations assenées et des mesures drastiques imposées par les institutions internationales. Par conséquent, 20 ans après, le continent accuse un retard considérable par rapport aux autres régions.

Cependant, sans être triomphalistes, Excellences, nous pouvons constater que le temps du pessimisme et de la résignation est derrière nous ; notre continent change, se transforme et se développe. La croissance économique de notre continent est tangible et les perspectives d’avenir sont prometteuses. A cet égard, nous nous félicitons des avancées notoires réalisées par le pole nord et le pole sud de notre continent et nous les encourageons à s’employer énergiquement et avec persistance à élargir et diversifier la base sur laquelle repose l’économie de l’Afrique, grâce à un développement industriel durable, qui pour se prémunir de chocs extérieurs doit avant tout s’appuyer sur des échanges commerciaux et économiques des marchés régionaux.

Il relève de notre responsabilité politique et morale de ne pas décevoir les attentes de nos populations qui ont besoin de cette croissance économique pour s’épanouir. C’est notre responsabilité historique de trouver un socle structurel solide pour que cette croissance économique soit durable et pérenne.

Excellences, le développement économique d’un pays est aujourd’hui tributaire du dynamique de son développement industriel.

C’est pourquoi nous devons en faire, non pas une priorité mais la priorité. Permettez-moi de rappeler que c’est à cette dernière que nous avons souscrit en 2003 puisque nous en avons fait une composante du NEPAD sous la forme de l’initiative de renforcement des capacités productives sur notre continent, lancée conjointement par les ministres du continent et l’ONUDI. C’est, également, à cette priorité que s’est engagé, au niveau de l’OMC, la déclaration de Hong-kong en 2005 en appelant au renforcement des capacités productives des pays en voie de développement.

Aujourd’hui, comparativement aux années 90, le tissu industriel de notre continent s’est sensiblement amélioré. Les progrès sont perceptibles puisque la valeur ajoutée industrielle s’élève à un taux de croissance annuelle qui avoisine les 5%.

Excellences, voila une situation qui inspire à l’optimisme parce qu’elle nous certifie que notre continent a amorcé son décollage.

Mais soyons lucides car beaucoup reste à faire. Beaucoup reste à faire parce que le retard du continent dans ce domaine est colossal. Beaucoup reste à faire parce que la compétitivité industrielle de notre continent est au point mort par rapport à ceux des autres régions du monde et il est temps que l’Afrique rattrape le reste du Monde. C’est d’ailleurs en partie pour cela qu’à Lisbonne les APE destinés à remplacer les accords de Cotonou n’ont pas été conclus. Nous avons eu raison de dénoncer, et de renoncer à des accords qui, en l’état actuel des choses, allaient consacrer une concurrence industrielle inégale entre l’Afrique et l’Europe.

Nous avons eu raison de rejeter les règles d’un libéralisme faussement concurrentiel, qui risquait d’hypothéquer la croissance de nos activités industrielles.

Excellences, l’épisode de Lisbonne nous interpelle sur deux urgences qui me paraissent fondamentales. La première urgence est d’ordre conceptuel. Nous devons intégrer le concept de globalisation et de mondialisation dans nos structures. Notre continent est positionné dans la nouvelle architecture économique et mondiale.

C’est un fait que nous devons regarder en face. La deuxième urgence est d’ordre substantiel. Nous devons avoir, en effet, un contenu industriel propre à nous si nous voulons affermir notre position sur cet échiquier de la mondialisation. Sans quoi nous risquons de devenir un déversoir des produits industriels, avec les conséquences tragiques que cela peut engendrer, telle que le renforcement et l’accélération de la dépendance du continent.

Excellences,

Le destin de l’Afrique n’est pas de devenir un grenier à matière premières pour les autres régions du monde. Le destin de l’Afrique est de se procurer les capacités humaines et techniques pour transformer, sur place, ces matières premières. En effet, les structures africaines sont, en réalité, caractérisées essentiellement par l’exportation des produits primaires et la faiblesse d’une industrie d’extraction, sans valeur ajoutée et générant une économie à sens unique. C’est cette capacité industrielle que nous devons ensemble promouvoir et rechercher. Car si la mondialisation devait se résumer à cette dualité qui veut que les matières premières soit au Sud et les technologies de transformation au Nord, alors cela serait un nouveau cadre d’exploitation qu’il conviendrait de dénoncer comme tel. C’est pour cela que notre continent a besoin d’une dynamique industrielle qui l’éloigne encore plus de cette réalité de simple pourvoyeur de matières premières.

Cette dynamique, Excellences, est déjà à l’œuvre dans plusieurs de nos politiques industrielles. Les efforts que nous déployons dans nos pays dans l’industrialisation rurale, dans les nouvelles technologies de l’information mais aussi dans l’appui aux petits et moyennes entreprises, ces efforts illustrent notre volonté de voir émerger des activités industrielles sur nos territoires.

A ce propos, nous devons accélérer le volet développement industriel contenu dans le NEPAD. Une vision et une approche sous-régionale d’intégration des espaces économiques est une condition sine qua none à la réalisation d’un développement industriel durable dans notre continent de même que la clef de voûte de la mondialisation. Et c’est donc conscient que les relations entres activités industrielles et espaces géographiques se sont profondément modifiée au cours des décennies que nous devons avancer dans nos futures démarches.

Les espaces économiques régionaux du continent doivent investir dans des industries de transformation et de commercialisation de façon à rendre compétitifs leurs produits. Je me réjoui de constater que cela constitue une préoccupation centrale du COMESA, auquel appartient mon pays, surtout à la veille de l’unification tarifaire qui doit entrer en vigueur en 2009.

Excellences,

Le développement industriel a un coût que notre continent, rendu exsangue par le joug des dettes et des ajustements structurels, ne peut assumer à lui tout seul et se trouve comme englouti et happé dans le marché mondial.

D’autant plus que les situations de pauvreté et de paupérisation multiplient les nécessités d’interventions sociales des Etats. Néanmoins, nous pouvons surmonter ce dilemme si nous accélérons la mise en place d’une stratégie basée sur l’émergence d’un secteur privé responsable, capable de propulser le développement des activités industrielles.

C’est là un défi majeur que nous devons relever parce qu’il conditionne fortement nos objectifs de réduction de pauvreté. Nous devons le relever parce que c’est grâce à cette stratégie que nous lutterons efficacement contre le fléau du chômage qui guette nos jeunes. En conséquence, c’est parce que les activités industrielles réunissent en même temps les perspectives de développement économique et social que nous devons nous donner les moyens d’accélérer leurs éclosions sur l’ensemble du continent.

Permettez-moi de saisir cette occasion pour faire appel aux hommes d’affaires, aux investisseurs et chercheurs africains pour qu’ils témoignent de la confiance à l’économie de leur propre pays et pour qu’ils investissent dans l’avenir de leur continent.

Toutefois, Excellences, pour que nous puissions atteindre et réaliser un tel développement régional et pour, ainsi, faire face à la globalisation d’aujourd’hui, le levier dont nous devons accéder avant toute chose est la stabilité politique tant au niveau national que régional. En effet, une stabilité politique et une stabilité sécuritaire souscrivent à un développement économique et social.

Tout trouble politique, vacance d’autorité, ou absence d’état viable dans notre région ne peut qu’engendrer un retard dans notre politique de développement en général et de développement industriel en particulier.

Aussi, il est de notre devoir de nous atteler à résoudre les conflits qui subsistent dans nos régions afin de mettre le spectre de guerre et des famines définitivement derrière nous et cela aussitôt que possible. Notre continent et nos peuples n’ont que trop souffert. Un mécanisme de résolution de conflit efficace et rapide, une bonne gouvernance, une transparence constituent le lit même d’une politique d’industrialisation réussie et par conséquent d’un développement. A cet effet, l’industrialisation doit être classée au premier plan de tout programme d’action en faveur du développement de nos pays.

Excellences, nous ne devons pas négliger non plus les enjeux environnementaux inhérents à tout développement industriel. Ce développement de nos industries que nous souhaitons pour tous n’aurait pas de pertinence s’il polluait nos écosystèmes. Il n’aurait pas de pertinence car cela ne serait pas du tout du développement durable. Là aussi, il me semble que notre continent a un challenge à accomplir en conciliant la légitimité de son développement économique avec les impératifs écologiques.

C’est donc une formidable opportunité d’approche novatrice de développement qu se présente à nous. Cette opportunité, nous avons le devoir de la saisir en intégrant l’Environnement comme un des paramètres de la croissance de notre économie et de notre développement industriel.

Pour conclure, tel sont les défis que nous devons relever aujourd’hui si nous ne voulons pas nous présenter en totale position de faiblesse face aux enjeux de la mondialisation, qui, comme tout le monde le sait, n’est pas forcement en notre faveur.

Je vous remercie de votre attention."

FIN DE DISCOURS

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