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Extraits de l'avant-propos du livre de Chris Lafaille
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Après cette entrée en matière, nous publierons dans nos prochaines éditions des morceaux choisis de ce livre de 300 pages… " Les pistes qui permettraient d'éclaircir les circonstances, les causes et les raisons de la mort de Bernard Borrel ont-elles été suivies avec toute l'attention qu'il convient ? Peut-être pas. Il m'a ainsi semblé qu'il était nécessaire de jeter un œil neuf et non partisan sur ce dossier.
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Pendant plus d'un an, j'ai été amené à enquêter en France et à Djibouti sur l'affaire Borrel en partie pour " Paris Match ". Mon travail a d'abord consisté à rencontrer des proches du juge et de son épouse, amis intimes et collègues-une cinquantaine de témoins en tout- qui les ont vus vivre pendant les mois, les semaines, les jours, qui ont précédé le drame, et les heures qui l'ont suivi. Leurs témoignages dressent le portrait d'un homme sous tension professionnellement mais aussi personnellement et moralement. Tous apportent un éclairage nouveau sur cette tragédie humaine qui a pris la dimension d'une affaire d'Etat. La détresse professionnelle du juge Borrel durant les semaines qui ont précédé le drame, ainsi que la réalité d'un couple mal assorti et de nature à mieux faire comprendre le contexte dans lequel il a trouvé la mort.
Plus j'écoutais ces hommes et ces femmes sincères et dénués de parti pris, plus je recoupais leurs dires, et la thèse du suicide me paraissait probable.
De fil à aiguille, mes rencontres m'ont ainsi conduit à prendre le contre-pied de tout ce qui a été dit et écrit récemment sur cette histoire.
A ma grande surprise, je me suis aperçu que Mme Borrel avait caché des documents à la gendarmerie djiboutienne chargée de l'enquête et que son témoignage était émaillé de nombreuses contradictions concernant l'argent et les lettres laissées par son mari et découvertes à son domicile en présence de témoins aux premiers moments du drame. Non, elle n'avait pas tout dit ; oui, elle avait de bonnes raisons de taire certains faits…
En confrontant les données matérielles, j'ai découvert que les expertises du collège d'experts privés suisses ayant remis en cause la thèse du suicide contenaient des graves omissions dans leurs conclusions. Les médecins légistes ne tiennent pas compte des deux examens médico-légaux assortis de photos et de radios effectués par des médecins français dans des conditions meilleures et surtout plus proches du décès de Bernard Borrel. Les prétendues preuves d'un assassinat s'avéraient n'être qu'un
" polar " et de la poudre aux yeux. Au final, chaque élément concret mis bout à bout venait au contraire apporter de l'eau au moulin de la thèse du suicide.
En analysant les déclarations des deux réfugiés djiboutiens, témoins de la scène qui mène à l'assassinat, et le vrai point de départ de cette affaire d'Etat, j'ai trouvé les raisons profondes qui les animaient, reconstruit leur " fuite " en Belgique ainsi que leur passé trouble, soigneusement caché par leurs partisans. A leurs côtés, j'ai noté la présence étrange de certains hommes politiques français, par ailleurs farouches contradicteurs du régime djiboutien. C'est ainsi que j'ai compris que la manipulation ne venait pas forcément du côté que l'on croyait…
Mais la découverte la plus terrifiante de cette affaire, c'est à Djibouti que je l'ai faite, en fouillant dans le passé de certains coopérants. J'ai ainsi mis au jour la participation, à l'époque des faits, de dizaines de militaires, coopérants, diplomates, hauts fonctionnaires et hommes d'églises français à des abus sexuels sur des enfants de rue, réfugiés filles et garçons qui
" couraient " les rues de Djibouti, dans ce pays de garnison décrit volontiers comme un " vaste lupanar ".
Révélés par un assistant social aux armées, ces actes odieux furent étouffés par les autorités françaises qui rapatrièrent en métropole un nombre indéterminé de fonctionnaires français qui ne seront jamais inquiétés, ni poursuivis… Sauf pour ceux qui récidiveront en France- et il y en a - et qui finiront en prison. Il s'agit, je n'hésite pas à l'écrire, de l'un des plus gros scandales pédophiles qu'ait connu la République française. Une vérité inavouable qui continue encore aujourd'hui et va bien au-delà de l'affaire Borrel elle-même, mais qui l'éclaire en retour.
On peut désormais soutenir que la clé de l'énigme du suicide de Borrel n'est plus très loin. Ce livre tente d'ouvrir les portes qui sont demeurées cadenassées jusqu'à ce jour.
LA Nation
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