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La parole à…SAID OMAR MOUSSA

 Au moment où la vocation régionale de notre pays prend corps grâce aux grands chantiers du Chef de l'Etat et notamment au Mega projet de Doraleh, il me semble que réfléchir sur ce que doit être notre politique commerciale me parait un sujet tout à fait d'actualité. C'est vous dire que le présent Forum constitue pour notre Chambre une excellente opportunité pour nous pencher ensemble sur l'existant et nous projeter dans l'avenir 
 
  Ce que généralement on entend par politique commerciale, c'est à mon humble avis l'élaboration d'une stratégie qui doit s'adapter en permanence aux courants d'affaires provoqués par la mondialisation du commerce. La politique commerciale mondiale définie par les organisations internationales et les pays développés tend à faire disparaître ou tout au moins atténuer les barrières tarifaires et non tarifaires établies par les états ou les groupes d'états.

Tout cela est appelé à remettre en cause les marchés intérieurs protégés ou les effets pervers que peuvent susciter les accords commerciaux, bilatéraux ou régionaux.

L'apparition de nouvelles puissances industrielles, commerciales et financières, comme par exemple, l'Asie du Sud Est, l'avènement des Nouvelles Techniques de l'Information et de la Communication qui permettent de traiter des affaires à la vitesse de la lumière, la modernisation des moyens de transport, la dérégulation de l'environnement de l'entreprise vont entraîner la disparition des vieux concepts protectionnistes.

De nombreux pays au monde assurent actuellement leur développement grâce à l'exportation de plus de 50 % de leur production, et même quelquefois la quasi-totalité de ce qu'ils fabriquent.

Aujourd'hui, l'entreprise n'est plus une entité fermée et concentrée. Celles qui le sont encore risquent de disparaître à moyen terme. Un entrepreneur peut choisir librement aujourd'hui un lieu de siège social qui préserve ses intérêts financiers, un lieu de production lui fournissant des coûts réduits, un circuit de commercialisation élaboré grâce à l'électronique ou Internet par exemple.

Seuls les pays les plus dynamiques qui offriront les meilleurs produits ou services participeront à la compétition mondiale de demain. Mon appartenance au monde des affaires et mes fonctions à la Chambre depuis les années 80 m'ont permis d'observer l'évolution du commerce dans le monde. Ce que je viens de vous déclarer depuis le début de mon propos n'est un secret pour personne.

S'adapter ou périr telle est la douloureuse alternative que la mondialisation impose à chacun de nos pays.

Alors que faut-il faire face à cela ? Quels choix paraissent les plus judicieux ? S'ouvrir sur l'extérieur ou s'enfermer sur soi-même ?

A vrai dire cette question ne s'est jamais posée pour Djibouti puisque depuis les années 40 et compte tenu de la spécificité de notre économie, nous avons fait le choix de l'ouverture. Ainsi, notre libéralisme économique en vigueur depuis 1949 a, bien avant la création de l'OMC, abandonné toute discrimination des droits de douanes frappant les produits selon leurs origines ainsi que les barrières non tarifaires comme par exemple, les normes d'importation.

A cet égard, il m'est agréable de rappeler qu'au moment de son adhésion à l'OMC, Djibouti, contrairement à d'autres pays, n'a pas eu à adapter sa politique commerciale, tant elle était conforme sur l'essentiel et avant l'heure aux exigences de cet organisme régissant le Commerce Multilatéral ; d'où la qualité de membre fondateur de notre pays.

Si effectivement les caractéristiques de notre politique commerciale sont proches des exigences de l'OMC, peut-on considérer pour autant que cela nous exonère de tout effort d'adaptation ?

Peut-on par ailleurs considérer que les atouts dont dispose d'ores et déjà notre pays constituent un gage pour maintenir le cap dans ce contexte de globalisation ?

Certes, notre situation géostratégique exceptionnelle nous donne une longueur d'avance. Certes, le leadership et la vision politique volontariste de notre Chef de l'Etat, Son Excellence Monsieur Ismaïl Omar Guelleh, au service de la vocation régionale du pays, constituent un atout déterminant.

Certes, la stabilité politique et financière du pays est une condition sine qua none à l'essor économique et à l'attrait des investissements étrangers.

Certes, notre monnaie librement convertible et rattachée au Dollar Américain par une parité fixe constitue une garantie supplémentaire. Certes, notre Code des Investissements attractif et notre Zone Franche avantageuse ne sont pas à négliger.

Certes, nos infrastructures portuaires et notre partenariat stratégique avec DP World sont gages de labellisation de la place de Djibouti.

Certes, notre ouverture sur un marché de plus de 380 Millions d'habitants, le COMESA, est un gisement qui ne demande qu'à être exploité.

Nonobstant tous ces atouts, sommes nous pour autant suffisamment outillés pour affronter les soubresauts de la mondialisation ?

Comme pour tout, il n'y a pas lieu de nous reposer sur nos lauriers, tant une remise en cause de tous les instants constitue une condition incontournable pour tirer notre épingle du jeu en cette ère de mondialisation.

Que nous faut-il alors faire de plus pour adapter notre politique commerciale ?

Sans vouloir anticiper sur les conclusions des travaux des présentes Assises, permettez-moi, Excellence, Mesdames et Messieurs, de partager avec vous les trois pistes de réflexion que voici

1.- Harmoniser les dispositifs incitatifs.

Bien qu'attractif, notre Code des Investissements date de 1993. Depuis cette date, l'économie du pays a évolué et de nouvelles activités commerciales se sont créées. Par ailleurs, nous avons mis en place une Zone Franche qui connaît un réel succès et qui prélude d'un essor encore plus grand avec le Projet de la Zone Franche de Doraleh.

Compte tenu de la spécificité de notre économie toute orientée vers l'extérieur, la question qui se pose à tout un chacun est de savoir si les dispositifs en vigueur sont les plus adaptés pour le  développement de notre pays ?

Autrement dit, n'y aura-t-il pas lieu de tendre, à tout le moins, vers une harmonisation permettant la complémentarité des différents instruments incitatifs ?

Nous n'avons pas de réponse toute faite, mais à l'heure où notre Code des Investissements est en passe de se réformer, nous devrons tous avoir à l'esprit cette problématique.

Par ailleurs et toujours dans ce registre, il nous faudrait adapter notre fiscalité, aujourd'hui  dissuasive, aux performances de demain et aux enjeux actuels. Il ne s'agira pas d'un toilettage mais d'une refonte en profondeur qui nécessitera d'importantes études pour déboucher sur des propositions réalistes et conformes à nos objectifs de développement. 

2. Accroître les performances.

Cet objectif vaut pour le privé, les établissements publics ainsi que l'Administration. Ces trois secteurs sont étroitement interdépendants car rien ne peut se réaliser sans une harmonie et une coopération entre eux. De notre point de vue, il faut d'abord adapter les procédures aux objectifs pour accroître l'efficacité de l'Administration. Il faut ensuite que les établissements publics à caractère industriel et commercial prennent conscience du rôle moteur qu'ils ont dans cette évolution et s'imposent des réformes destinées à favoriser très sensiblement leur efficacité pour atteindre un rapport qualité/prix satisfaisant.

Tout cela constituera un environnement propice à la création ainsi qu'au développement des entreprises dans tous les secteurs d'activités susceptibles d'accroître la richesse du pays.

La performance du secteur privé, en ce qui le concerne, ne se fera pas sans une politique volontariste tendant à intégrer le secteur informel tout en visant parallèlement un large nivellement ou une mise aux normes des entreprises du secteur structuré. Cela constitue pour nous une condition majeure si l'on veut faire en sorte que notre tissu économique profite également des nouvelles opportunités qui s'ouvrent à notre pays.

Il nous faut en effet, nous soucier de la fracture économique que notre ouverture à l'investissement étranger risque d'entraîner pour les entreprises locales déjà peu préparées à la compétition. Mais il faut aussi que nos entreprises acceptent de se remettre en cause pour ne pas rater le coche. La Chambre de Commerce en ce qui la concerne, entend conjuguer ses efforts avec les pouvoirs publics pour accompagner en ce sens le développement du secteur privé.

Et la transition est toute faite pour introduire à présent ma troisième et dernière recommandation consistant à encourager le dialogue entre nos deux secteurs à travers la mise en place d'un mécanisme de concertation à même de promouvoir le Partenariat Public/Privé.

3.- Encourager le Partenariat Public/Privé

Excellence, Mesdames et Messieurs, je ne vous apprendrais rien en la matière tant vous êtes les uns et les autres convaincus du bien-fondé du dialogue Public/Privé. Aussi, je ne m'attarderai pas sur cette problématique si ce n'est que de préconiser ici solennellement la mise en place d'un mécanisme officiel formalisant au plus haut niveau la concertation entre les pouvoirs publics impliqués dans l'environnement des affaires et le secteur privé que nous représentons au niveau national.

Excellence, Mesdames et Messieurs, face à un monde en perpétuel changement, il nous faut sans cesse nous remettre en cause pour nous adapter continuellement.

Puisse le présent forum ouvrir la voie en vue d'adapter nos politiques et nos mentalités dans l'intérêt bien compris de notre pays et de nos concitoyens. Plein succès à nos travaux

 
Source: La Nation 

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