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LA POLITIQUE DJIBOUTIENNE: Interview de Madame Tawakkol Karman, Prix Nobel de La Paix 2011, à la Voix de Djibouti

DJIBOUTI: Lundi, 10 December 2012 (DjibTalk) — Comme annoncé la semaine dernière, nous publions l’interview de la co-récipiendaire du Prix Nobel de la Paix 2011, la journaliste et combattante de la liberté yéménite Tawakkol Karman. Cette interview nous a été accordée au micro d’Ali Salem Omar, directeur de cabinet du président du MRD, Daher Ahmed Farah. C’est à Ottawa au Canada, où elle devait délivrer une conférence au Centre d’études en politiques internationales de l’université d’Ottawa sur le thème «les femmes et la lutte pour la paix et la justice dans le monde», qu’Ali Salem a rencontré, le 21 novembre 2012, celle qui avait été distinguée pour son courage et son rôle non-violent dans la révolution de 2011 au Yémen.

Mme Tawakkol Karman, Prix Nobel 2011, et Ali Salem Omar, directeur de cabinet du président du MRD, au Château Laurier, à Ottawa. 21 novembre 2012.

Ali Salem Omar (ASO) : Bonsoir Mme Tawakkol Karman et bienvenue au Canada.

Tawakkol Karman (TW) : C´est moi qui vous remercie de votre accueil chaleureux…mais j´ai une petite question pour vous: où est votre épouse? J´espère que vous ne l´avez pas laissée à la maison (rires…)…parce que si c´est le cas, je vais être déçue (rires…).

ASOpour LVD: A l’heure où je vous parle, mon épouse étudie. Je n’aurais pas, autrement, osé la laisser à la maison. Mon épouse est toute mon énergie !

TW: D´accord, vous me rassurez…Même si c´était juste pour vous taquiner.

ASO: Mme Tawakkol Karman, pourriez-vous vous présenter aux Djiboutiennes et Djiboutiens, et leur dire un petit mot sur vos premiers pas dans la révolution yéménite?

TW : Je n´aime pas étaler mon curriculum vitae (CV), si ce n´est que pour rappeler au monde que je suis avant tout journaliste et co-récipiendaire du prix Nobel de la Paix. Pour répondre à votre question, nos débuts dans la révolution étaient très difficiles car nous n´étions qu´une petite poignée de personnes, peut-être une dizaine au maximum. Toute la ville de Sanaa nous prenait pour des abrutis. Nous étions la risée de la rue yéménite : tout le monde se moquait de nous et personne ne croyait à la femme que j´étais…vous voyez ce que je veux dire. Dans la tête des gens, ce n´était surtout pas une femme qui allait déclencher une révolution ! Mais, parce que nous croyons en Dieu et en ce que nous faisons, parce que nous avons AL-IMAAN (foi, confiance), notre nombre augmentait de jour en jour, et de façon exponentielle ! Vous avez vous-même constaté que tout le pays avait suivi notre appel. Les gens du régime m´avaient emprisonnée, menacée de mort; mais rien à faire, j´étais persuadée que si je devais mourir, c´était parce que Dieu l’avait voulu ainsi, pas Ali Abdallah Saleh et sa bande. Je passais des heures à expliquer aux manifestants que seul Dieu est capable de mettre fin à une vie ! Que ça soit par une balle dans la tête, un accident de voiture, une crise cardiaque…seul Dieu en décide, où il veut et quand il veut. Nous étions prêts à accepter la décision de Dieu. Vous savez, le régime a tout essayé contre nous, et contre moi plus particulièrement, mais en vain. Les ambassades étrangères ont également dépêché leurs émissaires pour me décourager (Tawakkol, you gonna be killed !!!) mais cela entrait par une oreille et ressortait par l´autre, car ma détermination et mes convictions étaient plus fortes que ce que je considérais comme une fuite en avant. Nous étions convaincus que les petites roses que nous portions, étaient plus fortes que leurs balles et leurs canons !!! Le dictateur, malgré sa résistance factice, est finalement tombé et nous avons gagné grâce à Dieu. Vous devriez faire de même à Djibouti.

ASO: Quelle était la clef de votre succès ?

TW: Je dirais d’abord AL-IMAAN (foi, confiance) en ce que nous faisons, puis le choix d’une approche mettant au-devant les femmes et les jeunes. Un proverbe arabe dit : si tu veux changer le monde, commence par toi-même. Ainsi, vous serez impressionnés par leur leadership et le résultat. Je ne suis pas en train de minimiser le rôle des hommes, bien au contraire, car notre organisation les considère un peu comme une force motrice, utilisable chaque fois que c´est nécessaire. Faites confiance aux femmes et aux jeunes, et vous apprécierez le résultat ! Un autre moyen est le contact direct avec la population. C´est bien d´utiliser les canaux des medias sociaux, mais le contact direct est à mon avis tout aussi important.

ASO: Certains pensent que la révolution yéménite a finalement abouti à un partage du pouvoir. Vous en convenez que les hommes du régime sont encore là, omniprésents ! C´est en bout de ligne du 50-50 que vous avez obtenu, si j´ose dire, n´est-ce pas ?

TW: Nous avions à faire à un serpent à plusieurs têtes. Vous reconnaîtrez que nous avons réussi à couper la plus grosse tête du serpent, ce qui a fait souffrir les autres têtes. Ces dernières sont exsangues et agonisent à petit feu, on peut le voir aujourd’hui, c´est évident. Notre 50, pour reprendre votre expression, nous l´avons obtenu par la force de notre conviction. Il est à nous. Il est au peuple yéménite. Pour nous, c´est la première phase de la révolution, et le début de la seconde phase. Je sais qu´il nous reste beaucoup de travail à faire. Le président Abdourabo Mansour Hadi continue son nettoyage et nous le soutenons.

ASO: Pensez-vous que les populations africaines, et plus particulièrement djiboutienne, sont à la traîne?

TW: Les populations africaines sont très courageuses et elles ont fait leurs preuves dans le passé. Comme la nôtre, ces populations ont beaucoup souffert. C´est plutôt une question de timing pour une prise de décision. Est-il vraiment le moment d´organiser un soulèvement populaire? C´est aux peuples de ce beau continent d’y répondre. Les Yéménites n´en pouvaient plus. Il nous fallait une étincelle pour exploser, et nous en avons eu une. Pour ce qui est de Djibouti, j´ai cru comprendre qu´il y avait eu des manifestations et que Guelleh était sur la défensive. Il aurait fallu maintenir la pression pour qu´il parte. Vous savez, ils sont très fragiles, ces dictateurs, alors ne vous laissez pas impressionner par leur arsenal militaire.

ASO: Un petit mot pour le président du MRD, Monsieur Daher Ahmed Farah

TW: Oui, nous suivons les événements de Djibouti de très près, et comme vous, nous savons que ce régime anachronique ne peut pas perdurer, alors dites au président Daher Ahmed Farah de persévérer et de garder espoir. Ne baissez jamais les bras. Vous m’avez promis de faire un tour au Yémen, et je vous attends…sauf si vous n´aimez pas ma petite tente (rires…).

ASO: Merci Madame Tawakkol, je lui transmettrai le message.

TW: C´est moi qui vous remercie.

 
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